En partance de La Chaux-de-Fonds, le petit train rouge des Franches-Montagnes s’arrête à de nombreuses gares au nom évocateur, comme Le Noirmont, Les Emibois, Muriaux, Saignelégier. Nous descendons à la halte suivante, Le Bémont, pour un circuit à travers le haut-plateau jurassien (carte).
A la halte du Bémont (970 m environ), nous prenons la direction de La Bosse, hameau qui se love au creux d’une combe toute proche. La Bosse est l’agglomération jurassienne par excellence avec des fermes anciennes au toit large, et beaucoup de chevaux autour. Rien que pour l’architecture, il vaut la peine d’y passer.
Mais La Bosse a aussi donné le jour à la « sainte » des Franches-Montagnes, sainte Jeanne de La Bosse, qui ne fut certes jamais canonisée officiellement. Son souvenir demeura vif, surtout jusqu’à la Révolution. Jeanne Froidevaux (1596-1625) est morte très jeune, comme de nombreuses mystiques. Elle n’accepta qu’à contre-cœur de se marier. Six mois après ses noces, le mariage n’ayant pas été consommé, elle revint dans sa famille puis entra dans un couvent de Pontarlier sous le nom de Sœur Marie-Hyacinthe. La chapelle du hameau lui fut dédiée.
D’après les indications données par une personne rencontrée à la chapelle, la maison natale de Jeanne Froidevaux est la dernière à gauche en montant au sanctuaire. Reconstruite à la fin du XIXe siècle, la très photogénique chapelle de La Bosse a désormais pour patronne Notre-Dame de Lourdes mais sainte Jeanne n’est pas oubliée. On trouve à gauche de la grille une statue qui la représente, ainsi qu’un tableau moderne sur le mur du fond. L’artiste Marie-Dominique Miserez a peint Jeanne de La Bosse tout en blanc, tenant un lis en ses mains.
Nous poursuivons en direction des Enfers. Le chemin disparaît dans le pâturage. Sur notre droite, de nombreux emposieux (dépressions creusées dans le sol, appelées aussi dolines) forment des trous arrondis dans le pré. On pénètre dans la forêt à l’endroit où elle fait un angle. Le chemin est ensuite bien marqué. Il traverse le bois puis longe la lisière, en direction des Enfers. Nous avons les Vosges sur notre gauche.
Les Enfers (954 m) : curieuse désignation pour un village ! Non loin de là, après Montfaucon, se trouvent un autre toponyme singulier : le Péché ! Selon une histoire populaire, on raconte que les premiers défricheurs des Enfers avaient provoqué un grand incendie qui avait duré longtemps, lui donnant ainsi son nom. Mais il est plus probable que ce mot désigne les « Envers » ou l’endroit situé à une altitude « inférieure », par rapport à Montfaucon.
De fait, des Enfers à Montfaucon, il s’agit de remonter la pente. Montfaucon est situé sur une crête, à 1000 m environ. Reconstruite en 1831, l’église avec son clocher dit franc-comtois est dédiée à saint Jean-Baptiste. Montfaucon est la paroisse-mère des Franches-Montagnes.
On peut rentrer directement au Bémont par la crête, l’itinéraire est court. Il serait dommage cependant de se priver de beaux paysages jurassiens sur l’autre versant de notre circuit.
De Montfaucon, une petite route bordée d’arbres descend au hameau et à la gare du Pré-Petitjean (929 m). Le paysage est large. On voit jusqu’aux éoliennes de Tramelan et au Chasseral. En dessus du Pré-Petitjean, nous nous retournerons pour admirer le coup-d’œil sur Montfaucon juché sur la crête, comme un cavalier porté par un solide cheval des Franches-Montagnes.
Un petit effort nous fait atteindre une crête boisée (980 m environ), puis nous descendons et retournons au Bémont par la région des Cœudevez. Au point 974 m, à la bifurcation des itinéraires, il faut tourner à droite, suivre la lisière puis traverser un petit bois, et avant de rejoindre la route prendre le sentier de gauche. On franchit alors la route et on continue tout droit, entre les Prés du Péché et la Saigne Jeannée, en longeant à nouveau une série d’emposieux. Aux Cœudevez, un aller-retour sur la droite mène à une petite chapelle mariale.
A la sortie des Cœudevez, on peut rester sur la route plutôt que d’aller sur l’itinéraire balisé dans le pâturage. A la hauteur d’une ancienne gravière, au lieu-dit les Royes, les itinéraires se divisent à nouveau en deux : à gauche pour Saignelégier, à droite pour Le Bémont. Un petit aller-retour sur la gauche pour l’étang des Royes est recommandé. Ce plan d’eau est magnifique et, durant l’été, il regorge de vie.
Depuis la bifurcation des Royes, l’itinéraire passe par une forêt puis suit la route rectiligne en direction du Bémont. Nous saluons Saignelégier sur notre gauche. Il existe beaucoup de toponymes en saigne/sagne dans le Jura. Ce nom provient du gaulois et signifie le marécage, le terrain tourbeux. Saignelégier voudrait dire le marais « léger », c’est-à-dire une terre légèrement marécageuse.
Indications pratiques
Transports publics : Bonnes liaisons ferroviaires depuis Belfaux. Changer de train à Ins/Anet et à La Chaux-de-Fonds.
Parking : En dessous de la gare du Bémont ou à la gravière des Royes.
Distance : 13,4 km (avec les visites de la chapelle des Cœudevez et de l’étang des Royes).
Durée : 3 h 20.






